L’Himalaya en surchauffe » (1/6). « Le Monde » consacre une série de reportages à cette chaîne montagneuse où les principaux fleuves d’Asie, indispensables à la survie de près de 2 milliards d’habitants, prennent leur source. Sous l’effet du changement climatique et des projets d’infrastructures de transport, la région connaît des transformations lourdes de conséquences.

Dhari Devi repose dans un temple flambant neuf, rouge et or, élevé au milieu de la rivière Alaknanda. Une étroite passerelle, où pendent des panonceaux énonçant des principes philosophiques tirés d’écritures anciennes, amène les dévots chargés d’offrandes au sanctuaire de cette déesse hindoue vénérée comme la protectrice de l’Uttarakhand, l’un des Etats indiens de l’Himalaya et le plus sacré. A en croire la légende, la physionomie de la déesse change au fil du jour : elle apparaît d’abord sous les traits d’une jeune fille, puis d’une femme et enfin d’une vieille dame au crépuscule.

Le visage noir, les yeux exorbités, cette divinité parée d’or est la gardienne des quatre temples hindous nichés à 200 kilomètres de là, au pied des glaciers du haut Himalaya, et connus sous les noms de Badrinath, Kedarnath, Gangotri et Yamunotri. Le sanctuaire de Dhari Devi marque la porte d’entrée de cette région isolée la moitié de l’année à plus de 3 300 mètres d’altitude. De mai à octobre, des millions d’hindous affluent vers ses quatre édifices considérés comme les demeures des dieux Vishnou et Shiva, et des déesses Ganga et Yamuna, pour le pèlerinage dit « des quatre petites demeures », le Chota Char Dham.

Tout allait bien dans la vallée, jusqu’à ce que les autorités décident, en 2013, pour les besoins d’un barrage hydroélectrique, de démolir le temple originel de Dhari Devi situé plus en amont sur la rivière. Les habitants eurent beau protester, dire qu’il serait dangereux de provoquer ainsi la colère de l’incarnation de Kali, déesse de la destruction

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