Dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques et alors que le Sénégal a dû emprunter ces derniers mois à des taux relativement élevés, qu’est-ce que ce nouveau programme du FMI peut concrètement apporter de positif à l’État sénégalais ?
Trois apports, à ne pas confondre :
• Un ancrage de crédibilité, qui vaut souvent plus que le décaissement lui-même. Un programme FMI actif est un signal de qualité pour les créanciers et les agences de notation ; il fait baisser la prime de risque exigée sur les futures émissions. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, sous programme FMI continu depuis 2023, a pu réémettre sur le marché international à des taux nettement inférieurs à ceux payés récemment par le Sénégal, précisément parce qu’un programme actif réduit la prime d’incertitude exigée par les investisseurs.
• Un accès à des financements concessionnels, typiquement à des taux proches de 0 à 2 % pour les tranches de la Facilité élargie de crédit, contre des taux à deux chiffres observés récemment sur les émissions sénégalaises en devises et sur certaines levées régionales UMOA-Titres.
• Un effet catalytique sur les autres bailleurs, Banque mondiale, AFD, BAD, bilatéraux, dont beaucoup conditionnent leurs propres appuis à l’existence d’un cadre FMI, exactement le mécanisme qui a débloqué, dans le cas ghanéen après 2023, plusieurs centaines de millions de dollars de financements additionnels de la Banque mondiale une fois le programme FMI validé.
Ce programme ne résout pas mécaniquement le problème de soutenabilité de la dette. C’est la fonction distincte du PTDS.
Quels pourraient être, selon vous, les avantages et contraintes de ce nouveau programme ?
Avantages : stabilisation du signal macro-financier, accès à des ressources moins chères, discipline externe qui facilite le passage de réformes difficiles en interne, un effet de « commitment device » bien documenté dans la littérature sur la crédibilité budgétaire : un gouvernement peut faire porter au FMI la responsabilité politique de mesures impopulaires mais nécessaires.
- Libération de l’espace budgétaire : Elle allège l’un des postes de dépenses les plus rigides de l’État.
- Correction d’une injustice sociale : Ces subventions profitent historiquement aux plus riches. Selon la Banque mondiale, le quintile supérieur capte plus de 40 % des bénéfices de ces aides en Afrique de l’Ouest, contre moins de 10 % pour le quintile le plus pauvre.
- Égypte (depuis 2016) : Les hausses successives des prix de l’énergie ont propulsé l’inflation au-delà des 30 % en glissement annuel.
- Nigeria (mai 2023) : La suppression brutale des subventions à l’essence a doublé les prix à la pompe en quelques semaines, alimentant une inflation alimentaire persistante à deux chiffres.
- Équateur (octobre 2019) : La tentative de suppression a dû être annulée en urgence après deux semaines d’émeutes violentes.
- Maroc (2013-2015) : À l’inverse, le pays a réussi sa sortie de la compensation énergétique grâce à un retrait progressif combiné au déploiement de filets sociaux ciblés, évitant ainsi toute crise sociale.
- La Zambie a fait défaut en 2020 avec un ratio dette/PIB inférieur (environ 120 %).
- Le Ghana et la Zambie affichaient tous deux un service de la dette sur recettes inférieur à 15 % lorsqu’ils ont basculé dans un défaut de paiement désordonné.

