Depuis deux jours, Mamadou Lamine Dianté fait l’actualité après avoir révélé qu’il a servi des demandes d’explication à 179 agents du ministère de la Fonction publique qui se sont absentés le lendemain du Magal. Pour avoir pris cette décision, le ministre reçoit des critiques de toutes parts. Certains l’accusent d’être contre les mourides, tandis que d’autres lui rappellent son passé de syndicaliste.
Parmi ces contempteurs, il y a surtout des acteurs politiques dont les appréciations sont aussi instables que les conditions météorologiques. Waly Diouf Bodian estime que les demandes d’explication ne sont pas une solution et qu’il y a un problème d’anticipation. « L’application stricte des règles est sans issue », dit-il.
Autres temps, autres mœurs. Si le Pastef était encore au pouvoir, si Dianté était toujours un allié, le discours serait tout autre. On aurait chanté la rigueur, la rupture, le changement, pour ne pas dire la révolution. Si une telle décision émanait de Sonko, elle aurait toute la grâce de Waly. Maintenant que Dianté est un ex-allié, pour ne pas dire un opposant, on oublie les principes pour s’arrêter sur les hommes.
Certes, on peut reprocher à Dianté son incohérence. Leader syndical, il a réclamé que l’État du Sénégal restitue aux enseignants les ponctions sur salaires pour fait de grève. Cela revient à refuser de travailler pour ensuite réclamer une paie. Dianté peut être mal placé pour donner la leçon. Il n’empêche qu’à partir du moment où il est chargé de faire appliquer la loi en tant qu’autorité, il doit veiller à ce qu’elle soit effective. Au fond, ce débat dépasse la personne de Mamadou Lamine Dianté. Si la décision venait d’une autorité irréprochable à tout point de vue, il y aurait les mêmes réactions, les mêmes critiques.
Au Sénégal, on aime se réfugier derrière la religion pour justifier l’inacceptable. Très souvent, la stratégie consiste à accuser le concerné d’être un extraverti, un mécréant, de détester tel guide religieux ou telle communauté religieuse. Mamadou Lamine Dianté a cru bon de rappeler qu’il est mouride (il n’y était pas obligé), rien que pour se justifier. Pourtant, l’islam n’a jamais enseigné la fainéantise, encore moins le fait de porter préjudice à son prochain. Or, ne pas aller travailler sans autorisation est contraire aux enseignements du Prophète Mouhamed. C’est porter préjudice à toute la société.
Certains s’agrippent au fait que, selon eux, les lendemains d’événements de grande envergure doivent être déclarés jours chômés et payés, en passant par une remise à plat du calendrier des fêtes. Oui à la remise en cause du calendrier actuel, hérité de la colonisation. En revanche, l’intérêt de déclarer fériés les lendemains de ces événements nous paraît moins évident. Ceux qui y participent peuvent bénéficier d’une autorisation. Cela n’empêche en rien les autres d’aller travailler.
Il fut un temps…
Dans tous les cas, jusqu’à ce qu’une autre décision ne soit prise, la loi en vigueur s’impose. Les employés doivent donc se rendre au travail en l’absence d’une autorisation. De toute façon, avec cet état d’esprit, même si l’on décrétait deux jours pour le Gamou et le Magal, certains trouveraient un prétexte pour s’absenter le troisième jour, voire toute la semaine.
Lorsque la rigueur était de rigueur dans l’administration (pardonnez cette répétition), certains fonctionnaires de l’intérieur du pays quittaient leur domicile juste après avoir égorgé leur mouton le jour de la Tabaski. Certains ignoraient jusqu’au goût de la viande du bélier qu’ils avaient pourtant acheté de peur de s’absenter au travail le lendemain. Aujourd’hui, heureusement, les conditions sont beaucoup plus souples. Les administrateurs tiennent compte des réalités sociologiques. Mais il faut reconnaître qu’ils sont nombreux ceux qui en abusent.
Pourtant, dans le privé normé (car il y a aussi le privé laxiste), les employés n’osent pas dépasser la limite autorisée, surtout lorsqu’il y a un système de pointage. Et ce sont des Sénégalais qui y travaillent. C’est la preuve que l’on peut être discipliné si la sanction est immédiate. Il faut donc exiger des agents du public et du parapublic qu’ils soient plus travailleurs et plus rigoureux, ce qui passe inévitablement par la sanction.
L’esprit bureaucratique est un véritable frein au développement. Les dossiers qui traînent dans la fonction publique causent des milliards de pertes pour le pays et des milliers, voire des millions, pour les personnes concernées. Et, dans beaucoup de cas, ces lenteurs ne se justifient pas. C’est simplement parce que l’agent ou le service chargé du traitement ne se sent pas obligé de diligenter les procédures. Chacun y va de son rythme, causant un grand tort à ceux qui dépendent de lui et, au-delà, à toute la nation.
En définitive, tout ce débat traduit une chose : le rapport que les Sénégalais entretiennent avec le travail, mais aussi la compréhension qu’ils ont de la religion majoritaire, l’islam.



