Dès 1944, plusieurs milliers de nazis vont, avec l’aide de certains ecclésiastiques haut placés, mais aussi de simples prêtres, réussir à s’évader d’Europe pour, majoritairement, couler des jours tranquilles en Amérique du Sud, ou dans des pays alliés, comme les États-Unis. Cette fuite des nazis, c’est ce que l’on a appelé « la route des monastères » ou, moins poétiquement, « la route des rats ». Mais dans le fond, Pie XII savait-il ? L’état des lieux dans « Retour aux sources », sur RTBF La Trois.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour les nazis, c’est « sauve qui peut ! », particulièrement pour les gradés, les hauts gradés et les dignitaires du régime.
« Retour aux sources » vous emmène dans cette histoire, avec le documentaire « La fuite des nazis. La route des monastères », réalisé par Anne Véron. Pour évoquer certains points, comme l’attitude de l’Église de Belgique à l’époque, Esméralda Labye accueille en studio, docteure en histoire et professeure à l’ULB, Cécile Vanderpelen-Diagre, et Alain Colignon, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale.
Au sein de l’Église, ce sujet de l’aide apportée à plusieurs milliers de nazis pour les exfiltrer d’Europe, vers des pays « accueillants », reste difficile à débattre.
Plusieurs ecclésiastiques belges ont été approchés en vue de participer à l’entretien sur le plateau de « Retour aux sources », problème d’agenda, semble-t-il.
Il est évident qu’un malaise persiste autour de cette histoire. L’une des grandes interrogations qui demeure, c’est : le pape Pie XII savait-il que des responsables, parfois au sein même du Vatican, collaboraient à l’exfiltration de criminels nazis ?
Le cardinal Eugenio Pacelli, secrétaire d’État
Avant d’être Pie XII, 260e pape de l’Église catholique, c’est le cardinal Eugenio Pacelli, secrétaire d’État du Vatican, sous Pie XI, qui, en 1933, conduisant la diplomatie vaticane, signe un Concordat avec l’Allemagne, désormais sous régime nazi.
Pourtant, le cardinal Pacelli dira d’Hitler : « Ou bien je me trompe beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. C’est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin… Je n’arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu’il écrit et dit. Qui, parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu’est Mein Kampf ? »
Quelques paroles pontificales
Eugenio Pacelli est élu pape le 2 mars 1939. Étant Cardinal secrétaire d’État depuis 9 ans, il est au fait de l’évolution de la géopolitique mondiale et particulièrement de l’évolution de l’Allemagne, la diplomatie vaticane étant parmi les mieux renseignée au monde.
Avant même que la Seconde Guerre mondiale n’éclate, le 24 août 1939, Pie XII, dans un message radiodiffusé dit : « C’est par la force de la raison, et non pas par la force des armes, que la justice fera son chemin… » et encore « Le danger est imminent, mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre. »

Le 20 octobre suivant, alors que le Royaume-Uni et la France ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre, le Vatican publie la première encyclique de Pie XII, Summi Pontificatus. Ce document envoyé aux évêques en vue de communiquer avec leurs fidèles, est sous-titré « De l’unité du genre humain ». Défendant la paix, le Pontife y dénonce le totalitarisme et la haine raciale, entre autres.
Pie XII et la Shoah
Encore une fois, le pape était-il au courant de l’extermination des juifs ? Dans son allocution de Noël 1942, Pie XII, sans utiliser les mots nazi ou juif, dira que « des centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à l’extermination progressive ». Pie XII savait donc pour ce qu’Hermann Göring appelait la « solution complète à la question juive ».
Les archives secrètes du Vatican
Le 2 mars 2020, le pape François a accepté que les archives du pontificat de Pie XII (1939-1958) soient rendues accessibles aux chercheurs. Les premiers résultats à propos de nombreuses questions, dont celles autour de la Shoah, commencent à être divulgués.

Ainsi, la docteure en histoire Nina Valbousquet signale dans son ouvrage, « Les âmes tièdes », que, grâce à des aumôniers présents sur le front de l’Est, dès la fin 1941, le Vatican était au courant de l’assassinat massif de Juifs.
Avant d’être ouvertes, les archives de Pie XII ont été inventoriées, le travail a été ordonné par le pape Benoît XVI, en 2006, seul le souverain pontife ayant le pouvoir de décider de l’ouverture ou pas des archives de ses prédécesseurs. De plus, sur les quelque 2 millions de pièces relatives à Pie XII, plus de 1,3 million ont déjà numérisées. Parmi les participants à ce travail titanesque, le Belge Johan Ickx, directeur des Archives historiques de la section Rapports avec les États de la Secrétairerie d’État.
Bienheureux Pie XII ?
L’attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale fait polémique. Certes, l’homme a souhaité garder une neutralité diplomatique. Certes, cette diplomatie était très certainement destinée à protéger les catholiques dans certains pays alliés à l’Allemagne ou occupés. Certes, il a réalisé quelques actions, discrètes, pour les victimes de la répression fasciste et nazie.
Si la polémique s’est parfois un peu essoufflée, l’ouverture du procès en béatification de Pie XII a relancé les questionnements, ce qui a finalement amené le pape François à faire déclassifier les archives de ce pontificat, tantôt admiré, tantôt critiqué. Alors, Pie XII sera-t-il un jour béatifié ? Devant l’Histoire, « les silences » de Pie XII n’ont-ils pas cautionné les actes du nazisme.
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